Prothèse de genou : quand elle s’impose vraiment et quelles alternatives peuvent la différer
Quand le genou fait mal chaque jour, la vraie question est de savoir quand une prothèse devient plus utile que l’attente. Dans la gonarthrose, plusieurs solutions peuvent soulager, préserver l’articulation ou repousser l’intervention. Le choix dépend surtout de l’usure du cartilage, du compartiment atteint, de la raideur et du retentissement sur la marche.
Avant la prothèse, ce que les traitements non chirurgicaux peuvent vraiment apporter
Les alternatives médicales sont souvent proposées en première intention, surtout lorsque l’arthrose du genou reste modérée ou que la douleur varie selon les périodes. Elles ne reconstruisent pas le cartilage usé, mais elles peuvent diminuer l’inflammation, améliorer la mobilité et temporiser une décision chirurgicale.

Perte de poids, activité physique et kinésithérapie
La perte de poids est l’un des moyens les plus directs de réduire la contrainte sur le genou. 1 kilo de poids de corps en moins correspond à environ 4 kilos de pression en moins sur chaque genou. Ce chiffre explique pourquoi une baisse même modérée peut changer la tolérance à la marche ou aux escaliers.
L’exercice physique adapté et la kinésithérapie visent à renforcer les muscles autour du genou, notamment le quadriceps, à préserver l’amplitude articulaire et à limiter l’enraidissement. Le bon programme n’est pas forcément intense. Vélo doux, marche fractionnée, travail de mobilité et renforcement progressif peuvent être plus utiles qu’un effort brutal qui réveille la douleur.
Infiltrations, orthèses et traitements antalgiques
Les infiltrations de corticostéroïdes peuvent calmer une poussée inflammatoire, tandis que les injections d’acide hyaluronique cherchent à restaurer temporairement la viscosité du liquide synovial. Leur effet peut durer jusqu’à six mois, mais il reste symptomatique. Elles soulagent sans corriger l’usure du cartilage.
Les orthèses, semelles ou chaussures adaptées peuvent aussi redistribuer les appuis, en particulier lorsque l’arthrose touche davantage un côté du genou. Les médicaments antalgiques, utilisés avec prudence et selon l’avis médical, complètent parfois cette stratégie. L’acupuncture peut aussi aider certains patients à mieux tolérer la douleur, dans une approche de soutien, pas de remplacement.
Les alternatives chirurgicales qui préservent une partie du genou
Entre les soins conservateurs et la prothèse totale, certaines interventions peuvent convenir à des profils précis. Leur objectif n’est pas de remplacer tout le genou, mais de corriger une cause mécanique ou de ne traiter que la zone malade, avec une logique de préservation articulaire. Sur ce sujet précis, voir « Coxarthrose ».

L’ostéotomie de réaxation
L’ostéotomie tibiale de valgisation ou l’ostéotomie fémorale de varisation s’adresse surtout aux patients relativement jeunes et actifs, lorsque l’usure est favorisée par un mauvais axe de la jambe. Le principe est de réorienter les contraintes pour décharger le compartiment abîmé. Cette chirurgie peut différer la pose d’une prothèse, mais elle suppose un genou encore suffisamment conservé et une rééducation sérieuse.
La prothèse unicompartimentale
La prothèse unicompartimentale remplace uniquement la partie usée du genou, compartiment médial, latéral ou parfois fémoro-patellaire. Elle préserve davantage d’os, de ligaments et de cartilage sain qu’une prothèse totale. Elle peut être réalisée par une incision plus limitée, avec une durée d’intervention généralement inférieure à 1 heure et une hospitalisation souvent de 2 à 3 jours selon les situations.
Son indication est stricte. L’arthrose doit rester localisée, sans atteinte importante des autres compartiments, sans instabilité majeure et sans raideur trop avancée. Si l’usure est diffuse, la solution partielle risque de ne pas suffire.
Quand la prothèse totale de genou devient la meilleure option
La prothèse totale n’est généralement pas le premier choix, mais elle devient pertinente lorsque les traitements conservateurs ne permettent plus de vivre normalement. Le signe décisif n’est pas seulement l’image radiologique. C’est l’association entre douleur chronique, perte de mobilité, gêne nocturne, difficulté à marcher et échec des alternatives bien conduites.
Le genou fonctionne comme un système de leviers. Hanche, cuisse, rotule, tibia et cheville répartissent les forces à chaque pas. Quand le cartilage disparaît sur plusieurs zones, le corps compense en modifiant l’appui, puis la hanche ou le dos peuvent à leur tour se raidir. Penser la décision ainsi aide à ne pas voir la prothèse comme un simple dernier recours, mais comme un moyen de rétablir une chaîne mécanique devenue coûteuse pour tout le corps.
La prothèse totale s’impose plus volontiers en cas d’arthrose tricompartimentale, lorsque les compartiments médial, latéral et fémoro-patellaire sont atteints. Elle peut aussi être préférable si le genou est très déformé, très raide, ou si une prothèse unicompartimentale ne traiterait qu’une partie du problème.
Comparer les options selon le profil et les limites
| Option | Profil adapté | Limite principale |
|---|---|---|
| Traitements non chirurgicaux | Arthrose débutante à modérée, douleur fluctuante, besoin de temporiser | Soulagement parfois insuffisant et non durable |
| Ostéotomie | Patient plutôt jeune, actif, avec déformation et usure localisée | Ne convient pas si l’arthrose est trop avancée ou diffuse |
| Prothèse unicompartimentale | Usure limitée à un compartiment, ligaments préservés, genou peu raide | Exclue si atteinte tricompartimentale ou instabilité importante |
| Prothèse totale | Gonarthrose invalidante, douleur quotidienne, mobilité très limitée | Chirurgie plus globale, avec rééducation indispensable |
Chaque solution comporte aussi des risques. Une prothèse peut exposer à une infection, une phlébite, un descellement ou une raideur postopératoire, même si l’infection de prothèse est rapportée comme inférieure à 1 %. L’ostéotomie peut être suivie d’une consolidation lente ou d’une pseudarthrose. Les infiltrations, elles, évitent l’opération mais ne stoppent pas la progression naturelle de l’arthrose.
Récupération, durabilité et décision médicale
La récupération dépend du type d’intervention, de l’état musculaire avant l’opération et de l’implication dans la rééducation. Après une chirurgie prothétique, les premiers jours sont consacrés au lever, à la marche sécurisée et au contrôle de la douleur. Les semaines 1 à 2 servent à retrouver les gestes de base, puis les semaines 3 à 6 à progresser en mobilité, force et autonomie. Nous y revenons en détail : « Douleur à l’aine, raideur et radio ».
Après une prothèse totale, l’hospitalisation dure souvent autour de 5 jours. À titre indicatif, la reprise du volant peut être envisagée après 1 mois, la reprise du travail après 2 mois et certaines activités sportives après 3 mois, selon le côté opéré, le métier, la douleur et l’avis du chirurgien. Une prothèse totale a une durée de vie moyenne souvent estimée à 15 à 20 ans, tandis qu’une prothèse unicompartimentale est autour de 15 ans en moyenne.
La bonne décision se prend rarement sur un seul critère. Elle combine l’imagerie, l’examen clinique, l’âge, le niveau d’activité, les attentes du patient et surtout le handicap réel au quotidien. Si la douleur oblige à renoncer aux déplacements, au sommeil ou aux activités simples malgré des traitements bien suivis, accepter une prothèse de genou peut devenir une décision de récupération, plus qu’un aveu d’échec.











