Douleur à l’aine, raideur et radio : reconnaître l’arthrose de la hanche sans attendre l’opération
L’arthrose de la hanche, aussi appelée coxarthrose, correspond à une usure progressive de l’articulation entre le bassin et le fémur. Elle peut rester discrète longtemps, puis gêner la marche, les escaliers, l’habillage ou le sommeil lors des poussées douloureuses. L’enjeu est de reconnaître les signes, confirmer le diagnostic et avancer par étapes dans la prise en charge, sans passer trop vite à la chirurgie.
Comprendre ce qui s’use vraiment dans la coxarthrose
La hanche est une articulation portante. Elle supporte une grande partie du poids du corps à chaque pas. Dans l’arthrose de la hanche, le cartilage articulaire se fissure, s’amincit puis perd son rôle de surface de glissement. L’atteinte ne concerne pas seulement le cartilage. L’os sous-chondral, situé juste en dessous, et la membrane synoviale peuvent aussi être touchés, surtout lors d’épisodes inflammatoires.

Cette évolution explique le caractère chronique de la maladie. La douleur n’est pas toujours proportionnelle aux images. Certaines hanches très usées font relativement peu souffrir, tandis qu’une poussée inflammatoire peut rendre une arthrose modérée très pénible pendant plusieurs jours ou plusieurs semaines.
Il faut aussi distinguer arthrose et ostéoporose. L’arthrose touche l’articulation et provoque douleur, raideur ou limitation de mouvement. L’ostéoporose fragilise l’os et augmente le risque de fracture, souvent sans douleur avant l’accident. Les deux maladies peuvent coexister, mais elles ne désignent pas le même problème.
Reconnaître les symptômes qui orientent vers une arthrose de la hanche
Une douleur souvent mécanique, mais parfois trompeuse
Le signe le plus évocateur est une douleur au pli de l’aine, déclenchée ou aggravée par la marche, la station debout prolongée, les escaliers ou le fait de se relever d’un siège. Elle peut irradier vers la cuisse, la fesse, parfois jusqu’au genou. Cette irradiation explique certains retards diagnostiques : une douleur de genou peut en réalité venir de la hanche.
La douleur est souvent dite mécanique, car elle augmente avec l’effort et s’apaise au repos. Lors des poussées congestives, elle peut devenir plus continue, avec une sensation de hanche chaude, lourde ou inflammatoire, sans que cela signifie forcément une aggravation définitive.
Raideur, boiterie et gestes du quotidien
La raideur matinale est généralement brève, mais elle peut rendre les premiers pas difficiles. Avec le temps, l’amplitude de la hanche diminue. Enfiler une chaussette, croiser les jambes, monter dans une voiture ou couper ses ongles de pied devient plus compliqué. La boiterie apparaît quand la douleur ou la perte de mobilité modifie l’appui.
Un bon repère consiste à regarder les gestes que la personne adapte sans y penser : trajets raccourcis, rampe recherchée systématiquement, escaliers évités d’un côté, sorties abandonnées. Ces ajustements sont un signal fonctionnel clair. La hanche ne pose alors pas seulement un problème d’imagerie, elle commence à changer les déplacements et les habitudes du quotidien.
Pourquoi l’arthrose de la hanche apparaît-elle ?
La coxarthrose peut être primitive ou secondaire. Les deux tiers des arthroses de la hanche sont primitives : elles surviennent sans cause unique évidente, souvent avec l’âge, le terrain familial, le sexe féminin ou des facteurs métaboliques. L’arthrose devient plus fréquente après 60 ans ; elle concerne 10 % des personnes de 65 à 75 ans et elle est décrite comme 2 fois plus fréquente chez la femme que chez l’homme.
Un tiers des coxarthroses sont secondaires. Dans ce cas, un facteur identifiable modifie les contraintes sur l’articulation : dysplasie de hanche, luxation congénitale, inégalité de longueur des jambes, anomalie du col fémoral, séquelle de fracture ou ostéonécrose. Certaines maladies inflammatoires ou métaboliques peuvent aussi favoriser l’atteinte articulaire, comme la polyarthrite rhumatoïde, la spondylarthrite ankylosante, la goutte ou la chondrocalcinose.
Le poids, la sédentarité et certains excès sportifs interviennent également. La surcharge pondérale augmente les contraintes mécaniques sur une articulation portante. À l’inverse, l’immobilité entretient la fonte musculaire et diminue la stabilité de la hanche. Les sports très intensifs, surtout avec chocs répétés ou antécédents traumatiques, peuvent accélérer une usure déjà favorisée par l’anatomie.
Du cabinet à l’imagerie : comment le diagnostic se confirme
Le diagnostic commence par l’interrogatoire et l’examen clinique. Le médecin recherche la localisation de la douleur, les mouvements limités, la boiterie, la différence entre douleur de hanche, douleur lombaire et douleur venant du genou. Il évalue aussi l’impact fonctionnel : distance de marche, gêne nocturne, prise d’antalgiques, perte d’autonomie.
La radiographie est l’examen de référence pour objectiver l’arthrose. Elle peut montrer un pincement articulaire, des ostéophytes, une condensation de l’os sous-chondral ou des géodes. Ces signes aident à apprécier le stade, mais la décision thérapeutique dépend toujours du couple image-symptômes : on ne traite pas une radio, on traite une personne gênée.
L’IRM peut être utile dans certains cas, notamment si la douleur est atypique, si l’on suspecte une atteinte des tissus mous, une ostéonécrose ou une autre cause. La scintigraphie osseuse est plus rarement utilisée, dans des situations particulières où l’origine de la douleur reste difficile à préciser.
Soulager, ralentir, opérer : une prise en charge graduée
Les solutions avant la chirurgie
Le traitement commence souvent par des mesures simples mais régulières : activité physique adaptée, renforcement musculaire, perte de poids si nécessaire, chaussures confortables, adaptation des efforts. Une activité légère 2 à 3 fois par semaine peut aider à entretenir la mobilité sans surcharger l’articulation. La kinésithérapie vise à préserver l’amplitude, renforcer les muscles fessiers et améliorer la marche.
Les médicaments peuvent soulager les périodes douloureuses : antalgiques, anti-inflammatoires quand ils sont indiqués et bien tolérés, parfois injections de cortisone ou d’acide hyaluronique selon le profil du patient. Une canne tenue du côté opposé à la hanche douloureuse peut réduire la contrainte et sécuriser les déplacements, sans être un aveu de dépendance.
Quand envisager une prothèse totale de hanche ?
La chirurgie se discute lorsque la douleur, la raideur et la perte de mobilité restent importantes malgré un traitement bien conduit. La prothèse totale de hanche remplace les surfaces articulaires usées afin de réduire la douleur et restaurer une fonction plus fluide. Dans certains cas sélectionnés, un resurfaçage peut être envisagé, mais l’indication dépend de l’âge, de l’os, de l’anatomie et du niveau d’activité.
L’intervention dure environ une heure selon les situations. L’appui peut parfois reprendre le jour même ou le lendemain, avec une mobilisation précoce encadrée. La décision doit rester individualisée : âge, état général, attentes, autonomie, métier, imagerie et intensité de la gêne comptent autant que le nom de la maladie.
Prévenir l’aggravation au quotidien
On ne peut pas toujours empêcher l’arthrose de progresser, mais on peut réduire les contraintes inutiles. Maintenir un poids stable, bouger régulièrement, éviter les efforts brusques en torsion, traiter les troubles métaboliques et consulter en cas de douleur persistante aide souvent à retarder la perte de mobilité. Si la gêne s’installe, un avis médical précoce permet de choisir le bon niveau de traitement, sans attendre que la marche devienne vraiment invalidante.







