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Syndrome du canal carpien : fourmillements nocturnes, EMG et chirurgie

Comprendre la douleur Par Thibaut Gervais Mis à jour le 6 septembre 2026 6 min de lecture
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Des fourmillements dans les doigts, une main qui s’engourdit la nuit, une perte de force pour tenir un objet : le syndrome du canal carpien est une cause fréquente de douleurs de la main. Il correspond le plus souvent à une compression du nerf médian au niveau du poignet. Bien identifié, il peut être pris en charge efficacement, à condition de ne pas laisser s’installer une atteinte nerveuse durable.

Un nerf comprimé dans un tunnel étroit du poignet

Le canal carpien est un passage anatomique situé à la face antérieure du poignet. Il contient notamment les tendons fléchisseurs des doigts et le nerf médian, qui assure une partie de la sensibilité et de la motricité de la main. Ce canal est peu extensible : lorsqu’un gonflement, une inflammation ou une contrainte mécanique augmente la pression à l’intérieur, le nerf médian peut être comprimé.

Schéma du syndrome du canal carpien : compression du nerf médian dans le poignet
Schéma du syndrome du canal carpien : compression du nerf médian dans le poignet

Cette compression explique les symptômes typiques dans le territoire du nerf médian : le pouce, l’index, le majeur et parfois une partie de l’annulaire. Le petit doigt est généralement épargné, ce qui aide à distinguer ce syndrome d’autres atteintes nerveuses, comme celles touchant le nerf ulnaire.

Le syndrome du canal carpien est plus fréquent chez les femmes, avec deux périodes d’âge souvent retrouvées : 40-50 ans et 60-70 ans. En France, 124 011 personnes ont été opérées en 2022, dont 61 % de femmes. Ces chiffres rappellent qu’il ne s’agit pas d’une gêne anodine, mais d’un trouble qui peut devenir très handicapant.

Reconnaître les symptômes sans tout attribuer au poignet

Fourmillements, engourdissements et douleurs nocturnes

Les premiers signes sont souvent sensitifs : fourmillements, picotements, engourdissements ou sensations de courant électrique dans les trois premiers doigts. Ces manifestations, appelées paresthésies ou acroparesthésies lorsqu’elles surviennent aux extrémités, apparaissent fréquemment la nuit ou au réveil. Beaucoup de personnes ressentent le besoin de secouer la main pour obtenir un soulagement.

La douleur peut rester localisée à la main, mais elle peut aussi remonter vers l’avant-bras. Elle n’est pas toujours proportionnelle à la gravité : une gêne intense peut correspondre à une atteinte encore réversible, tandis qu’une perte de sensibilité installée doit alerter davantage. Quand les symptômes deviennent réguliers, il faut les prendre au sérieux.

Quand la force et la précision diminuent

Dans les formes plus avancées, le nerf médian transmet moins bien les informations motrices. La personne peut lâcher des objets, avoir du mal à boutonner un vêtement, tenir une tasse ou effectuer des gestes fins. Une diminution de la sensibilité au bout des doigts peut également perturber l’écriture, la couture, le bricolage ou l’utilisation d’outils.

La gêne finit souvent par modifier la manière de se servir de la main. On serre moins fort, on compense avec d’autres doigts, on force ailleurs. Cette adaptation peut soulager sur le moment, mais elle entretient parfois des tensions dans l’avant-bras, l’épaule ou la nuque. Repérer tôt ce changement de geste aide à corriger le problème avant qu’il ne se diffuse.

Causes et facteurs de risque : rarement une seule explication

Dans de nombreux cas, aucune cause unique n’est retrouvée : on parle alors de forme idiopathique. Mais plusieurs situations augmentent la probabilité de compression du nerf médian, en favorisant l’inflammation, la rétention d’eau ou l’épaississement des tissus autour du canal carpien.

Facteurs hormonaux ou métaboliques : grossesse, ménopause, hypothyroïdie, diabète. Maladies associées : polyarthrite rhumatoïde, goutte, ténosynovites, certaines anomalies du poignet. Contraintes professionnelles : gestes répétitifs, force, vibrations, froid, flexions ou extensions prolongées du poignet. Contexte médical particulier : hémodialyse ou complications neurologiques du diabète.

Le diabète est un facteur important : le syndrome concerne environ 14 % des personnes diabétiques, et jusqu’à 30 % chez celles présentant des complications neurologiques. Pendant la grossesse, les symptômes peuvent apparaître en lien avec les modifications hormonales et la rétention hydrique ; ils régressent parfois après l’accouchement, mais une surveillance reste utile si les signes persistent.

Diagnostic : l’examen clinique oriente, l’EMG confirme

Le diagnostic commence par l’interrogatoire : quels doigts sont touchés, à quel moment, depuis combien de temps, avec quelle gêne dans la vie quotidienne ou au travail. Le médecin recherche aussi des signes de perte de sensibilité, de faiblesse du pouce ou d’atteinte bilatérale, car plus de la moitié des cas peuvent toucher les deux mains selon les données rapportées dans la littérature médicale.

Des tests cliniques peuvent reproduire les symptômes, comme le test de Phalen, qui met le poignet en flexion, ou le signe de Tinel, déclenché par percussion sur le trajet du nerf. Ces tests ne suffisent pas toujours, mais ils aident à orienter le diagnostic.

L’examen de référence pour confirmer l’atteinte est l’électromyogramme, souvent abrégé EMG. Il mesure la conduction nerveuse et permet d’évaluer la sévérité de la compression. C’est un élément précieux pour distinguer une forme légère, pouvant relever d’un traitement conservateur, d’une forme sévère où une prise en charge chirurgicale peut être discutée.

Traitements, prévention et reconnaissance professionnelle

Traitement conservateur ou chirurgie : la sévérité guide le choix

Situation Prise en charge souvent envisagée
Symptômes récents, surtout nocturnes, sans perte de force Attelle de repos, adaptation des gestes, traitement médical selon avis médical
Symptômes persistants ou récidivants EMG, consultation spécialisée, discussion d’infiltration ou d’autres options
Perte de sensibilité, faiblesse, atteinte sévère à l’EMG Chirurgie de libération du nerf médian, notamment par section du ligament antérieur

La chirurgie vise à diminuer la pression dans le canal carpien en libérant le nerf médian. Elle est surtout retenue dans les formes sévères, résistantes au traitement conservateur ou associées à un déficit moteur ou sensitif. La récupération dépend de l’ancienneté de la compression : la force peut mettre 6 semaines à 3 mois à revenir, tandis que la sensibilité peut nécessiter plusieurs mois.

Travail, prévention et maladie professionnelle

Le syndrome du canal carpien peut être reconnu comme maladie professionnelle lorsque les conditions médicales et administratives sont réunies, notamment dans le cadre du tableau 57C du Régime général de la Sécurité sociale. Les troubles musculo-squelettiques représentent 90 % des maladies professionnelles, et le canal carpien fait partie des atteintes souvent liées aux gestes répétés.

Chez les personnes de 20 à 64 ans, plus d’une personne sur dix déclare des douleurs compatibles, avec 10 % chez les femmes et 9 % chez les hommes en 2021. Plus de sept personnes sur dix attribuent le travail comme cause probable, mais seule une personne sur dix fait une déclaration en maladie professionnelle ; parmi les dossiers déclarés, près de huit cas sur dix sont acceptés. Les freins sont concrets : symptômes jugés peu importants pour 11 %, manque d’information sur la procédure pour 11 %, peur de perdre son emploi pour 10 % ou crainte de démarches complexes pour 9 %.

Il faut consulter rapidement si les fourmillements deviennent quotidiens, si la main perd en force, si la sensibilité diminue ou si la gêne perturbe le sommeil et le travail. Plus la compression est évaluée tôt, plus il est possible de choisir une prise en charge adaptée et de préserver la fonction de la main.