Santé ArticulationComprendre ses articulations et bouger mieux

Douleur à l’aine, radio, prothèse : comment reconnaître une coxarthrose de la hanche ?

Comprendre la douleur Par Thibaut Gervais Mis à jour le 18 septembre 2026 6 min de lecture
Featured

La coxarthrose est l’arthrose de la hanche, autrement dit l’usure progressive de l’articulation coxo-fémorale entre le bassin et le fémur. Elle peut rester discrète longtemps, puis gêner la marche, les escaliers, l’habillage ou le sommeil. Repérer les signes, comprendre les causes et connaître les options de prise en charge aide à consulter au bon moment.

Ce qui se passe dans une hanche arthrosique

La hanche supporte une part importante du poids du corps à chaque pas. Dans la coxarthrose, le cartilage articulaire, normalement lisse et protecteur, se fissure puis s’amincit. L’os sous-chondral réagit sous la zone abîmée, la membrane synoviale peut s’enflammer et des excroissances osseuses, les ostéophytes, peuvent apparaître.

Schéma de la coxarthrose hanche montrant le pincement articulaire et l’usure du cartilage
Schéma de la coxarthrose hanche montrant le pincement articulaire et l’usure du cartilage

À la radiographie, cette usure se voit souvent par un pincement articulaire, signe que l’espace entre la tête du fémur et le cotyle diminue. La douleur ne vient donc pas du cartilage seul : toute l’articulation finit par participer, ce qui explique la raideur et la perte de mobilité.

Arthrose, coxarthrose et ostéoporose : ne pas confondre

L’arthrose est une maladie articulaire liée à la dégradation du cartilage. La coxarthrose en est la localisation à la hanche. L’ostéoporose, elle, correspond à une fragilité de l’os avec un risque accru de fracture. Une personne peut avoir les deux, mais les mécanismes, les examens et les traitements ne sont pas les mêmes. Cette distinction compte, car la douleur et les images ne racontent pas la même histoire selon la maladie.

Reconnaître les symptômes typiques

La douleur de coxarthrose se situe souvent dans l’aine, parfois sur le côté de la hanche, dans la fesse, à l’avant de la cuisse ou même au genou par irradiation. Elle augmente à la marche, en station debout prolongée ou en montant les escaliers. La raideur rend plus difficile le fait de se chausser, de couper ses ongles de pied ou de monter dans une voiture.

L’évolution est souvent cyclique, avec des périodes plus calmes et des poussées douloureuses de plusieurs semaines. Quand la maladie progresse, la boiterie, la diminution du périmètre de marche et les douleurs nocturnes deviennent des signaux à prendre au sérieux. La gêne n’est pas seulement mécanique, elle finit aussi par peser sur le rythme de vie et les déplacements quotidiens.

Un repère concret aide parfois à comprendre la gêne : la jambe fonctionne comme un pendule pendant la marche. Quand la hanche perd de l’amplitude, ce balancement devient plus court et le bassin compense. On peut alors avoir l’impression de tirer la jambe ou de fatiguer plus vite du dos et du genou. Ce type de détail est utile à décrire au médecin ou au kinésithérapeute.

Causes et facteurs qui favorisent la coxarthrose

La coxarthrose peut être primitive, sans cause unique clairement identifiée, ou secondaire, liée à une anomalie ou à une maladie antérieure. Deux tiers des arthroses de la hanche sont primitives, tandis qu’un tiers des coxarthroses sont secondaires. Cette distinction oriente la recherche des causes et la manière de suivre le patient.

L’âge joue un rôle important : l’arthrose concerne 3 % de la population de moins de 45 ans, 65 % après 65 ans et 80 % au-delà de 80 ans. Pour la hanche, 10 % des personnes de 65 à 75 ans sont concernées par la coxarthrose, qui reste trois fois moins fréquente que l’arthrose du genou. Le sexe féminin et l’âge après 60 ans sont aussi associés à une fréquence plus élevée.

Les facteurs mécaniques et métaboliques

Le surpoids, la surcharge mécanique, certains travaux avec port de charges, les microtraumatismes répétés et la sédentarité peuvent favoriser ou aggraver les douleurs. Le syndrome métabolique est aussi cité parmi les facteurs favorisants. Il associe notamment des anomalies comme des triglycérides égaux ou supérieurs à 1,5 g/L, un HDL inférieur à 0,4 g/L chez l’homme ou inférieur ou égal à 0,5 g/L chez la femme, dans un ensemble plus large de troubles métaboliques.

Les causes secondaires à rechercher

Une dysplasie de hanche, une ancienne luxation, une fracture, une ostéonécrose, une chondrocalcinose ou une maladie inflammatoire comme la polyarthrite rhumatoïde ou la spondylarthrite ankylosante peuvent accélérer l’usure articulaire. Chez les personnes exposées professionnellement, une reconnaissance peut parfois être discutée, notamment avec une incapacité permanente d’au moins 25 % dans certains parcours d’évaluation. Dans ces situations, le contexte anatomique ou inflammatoire compte autant que la douleur ressentie.

Diagnostic : l’examen clinique et la radiographie restent centraux

Le diagnostic commence par l’interrogatoire : localisation de la douleur, durée, retentissement sur la marche, raideur matinale, épisodes de poussée, traitements déjà essayés. L’examen clinique évalue les mobilités de la hanche, la boiterie, la force musculaire et les douleurs provoquées. Cette étape guide déjà la suite, car elle aide à relier les symptômes à la hanche plutôt qu’à une autre origine.

La radiographie est l’examen de référence, souvent avec un bassin de face debout et des clichés centrés sur la hanche. Elle peut montrer le pincement de l’interligne articulaire, les ostéophytes, la densification de l’os sous-chondral ou des géodes. L’IRM, le scanner ou l’arthroscanner ne sont pas systématiques ; ils sont réservés à certaines situations, par exemple si les symptômes et la radio ne concordent pas ou si une autre cause est suspectée.

Traitements : soulager, préserver la mobilité, puis opérer si nécessaire

La prise en charge dépend du niveau de douleur, de la gêne fonctionnelle, de l’état général et du stade radiologique. L’objectif n’est pas seulement de tenir au quotidien. Il s’agit de garder une hanche mobile, des muscles efficaces et une marche aussi stable que possible. La stratégie est donc progressive, avec des mesures simples au début puis des options plus ciblées si besoin.

Option Intérêt Limites
Activité adaptée et perte de poids si besoin Réduit la surcharge mécanique et entretient la mobilité Doit être progressive pour éviter les poussées
Kinésithérapie Travaille l’amplitude, le renforcement et la marche N’efface pas l’usure du cartilage
Antalgiques et AINS Aident lors des périodes douloureuses À utiliser selon l’avis médical, surtout en cas de maladies associées
Infiltrations Peuvent calmer certaines poussées Seules 15 à 20 % des coxarthroses y sont sensibles et les résultats dépassent rarement quelques mois
Prothèse totale de hanche Vise à soulager durablement et restaurer la fonction Envisagée après échec du traitement conservateur

Avant la chirurgie, les mesures conservatrices associent souvent adaptation des activités, rééducation, antalgiques, parfois anti-inflammatoires et infiltrations de corticoïdes ou d’acide hyaluronique selon les cas. Les sports portés ou doux, comme le vélo adapté, la natation ou la marche dosée, sont souvent mieux tolérés que les impacts répétés. L’idée est de conserver du mouvement sans entretenir la douleur.

La prothèse totale de hanche est envisagée lorsque la douleur devient importante, que la marche et la vie quotidienne sont nettement limitées, et que les traitements médicaux ne suffisent plus. Dans certains cas particuliers, surtout chez des patients plus jeunes ou avec anomalie anatomique, une chirurgie conservatrice comme une ostéotomie, une butée ou une arthroscopie peut être discutée par le spécialiste. Le choix dépend alors du stade, de l’anatomie et de la gêne réelle.