Entorse de la cheville : 4 pas, 24 heures et les signes qui doivent alerter
Une cheville qui se tord, une douleur vive, puis un gonflement rapide : l’entorse est fréquente, mais elle ne se limite pas à une simple foulure. Le bon réflexe consiste à évaluer la douleur, l’appui et l’évolution dans les premières heures pour distinguer une lésion bénigne d’une atteinte plus sérieuse ou d’une fracture associée.
Ce qui se passe vraiment lors d’une entorse
Une entorse correspond à un étirement, une déchirure partielle ou une rupture totale d’un ou plusieurs ligaments. Ces ligaments sont les sangles de stabilité de l’articulation entre le tibia, la fibula et l’astragale. Quand le pied part trop loin dans un mouvement inhabituel, ils encaissent la contrainte.

Dans environ 90 % des entorses de la cheville, c’est le ligament latéral externe, aussi appelé ligament collatéral latéral, qui est touché. Il comprend 3 faisceaux, et la gravité dépend notamment du nombre de faisceaux atteints : 1, 2 ou 3.
Le mécanisme le plus courant est l’inversion du pied : la plante bascule vers l’intérieur, souvent après un faux pas, une réception de saut, un appui sur terrain irrégulier ou une marche ratée dans un escalier. Plus rarement, l’entorse peut concerner le ligament latéral interne, formé de 2 faisceaux, ou les ligaments tibiofibulaires antérieur et postérieur, avec des lésions parfois plus complexes.
Reconnaître les stades de gravité sans minimiser
Entorse légère : douleur nette, mais appui possible
Dans 7 cas sur 10, l’entorse est légère. Le ligament est distendu, sans rupture complète. La douleur est réelle, souvent sur la partie externe de la cheville, mais l’appui reste généralement possible. Le gonflement peut apparaître progressivement et l’ecchymose est absente ou limitée.
Entorse moyenne : déchirure partielle et cheville instable
Une entorse moyenne correspond à une rupture partielle ligamentaire. La douleur est plus marquée, le gonflement plus rapide, et marcher devient difficile. Une ecchymose peut apparaître dans les heures qui suivent. La sensation de cheville qui lâche ou qui n’est plus fiable doit attirer l’attention, même si la personne parvient encore à poser le pied.
Entorse grave : rupture, impotence ou doute de fracture
Une entorse grave peut entraîner une rupture totale du ligament latéral externe, parfois avec des lésions associées. La douleur initiale peut être très forte, puis parfois diminuer, ce qui ne signifie pas que tout va bien. Un gros hématome, un gonflement important, une impossibilité d’appui ou une déformation imposent une évaluation médicale rapide.
Pour se repérer, imaginez la cheville comme une échelle de stabilité : chaque faisceau ligamentaire est un barreau. Si un seul barreau est fragilisé, l’ensemble peut encore tenir avec prudence. Si plusieurs barreaux cèdent, l’articulation perd ses repères, compense mal et expose à une nouvelle torsion. Cette image aide à comprendre pourquoi une douleur supportable ne suffit pas à juger la gravité : c’est la stabilité fonctionnelle, pas seulement l’intensité ressentie, qui compte.
Quand consulter et quand envisager une radiographie
Une consultation est recommandée en cas de douleur importante, de gonflement rapide, d’ecchymose étendue, de craquement ressenti, d’impossibilité de marcher normalement, d’antécédents d’entorses répétées ou de doute sur une fracture. Un délai d’évaluation dans les 24 heures est souvent préférable lorsque l’appui est difficile ou que les signes progressent.
La radiographie n’est pas systématique. Ameli rappelle que 90 % des entorses sont sans fracture. Pour décider, les professionnels utilisent notamment les règles d’Ottawa. Elles prennent en compte la douleur osseuse autour des malléoles et la capacité à faire 4 pas, immédiatement après le traumatisme puis lors de l’examen.
Selon ces règles, une radiographie est aussi indiquée de façon systématique chez les personnes de moins de 16 ans ou de plus de 55 ans. Selon la situation, une échographie peut aider à préciser une entorse grave, tandis que l’IRM est réservée à des cas particuliers, notamment en cas de douleurs persistantes ou de suspicion de lésions associées.
Les premiers gestes utiles juste après la torsion
Dans la première minute puis dans les heures qui suivent, l’objectif est de limiter la douleur, le gonflement et l’aggravation. Le protocole GREC reste un repère simple : glace, repos, élévation, compression. La glace s’applique protégée par un tissu, jamais directement sur la peau, par séquences courtes. La jambe surélevée facilite le drainage de l’œdème.
- Repos : éviter de forcer sur la cheville douloureuse, surtout si l’appui modifie la marche.
- Glace : refroidir la zone pour calmer la douleur et l’inflammation locale.
- Compression : utiliser une bande ou une contention sans couper la circulation.
- Élévation : placer le pied plus haut que le genou dès que possible.
Selon la gravité, une attelle, une chevillère, un strapping, une botte rigide ou plus rarement un plâtre peuvent être proposés. L’automédication antidouleur doit rester prudente, surtout en cas de maladie chronique, de traitement anticoagulant ou de grossesse. Dans ces situations, un avis médical ou pharmaceutique est préférable.
Rééducation et prévention : éviter la cheville qui récidive
La Haute Autorité de Santé met en avant la rééducation comme traitement de première intention dans la prise en charge de l’entorse. Elle ne sert pas seulement à remuscler : elle restaure la mobilité, la force, l’équilibre et la proprioception, c’est-à-dire la capacité du corps à savoir où se trouve la cheville dans l’espace.
Sans rééducation adaptée, le risque est de garder une instabilité chronique, avec des entorses à répétition, une appréhension à la marche ou au sport, et parfois des douleurs persistantes. Le kinésithérapeute adapte les exercices au niveau d’activité : reprise de la marche, course, sport de pivot, travail sur plateau instable, sauts contrôlés ou changements de direction progressifs.
La prévention passe aussi par des chaussures adaptées, un échauffement sérieux, une reprise graduelle après arrêt et une vigilance accrue sur terrain irrégulier. Pour un sportif comme pour une personne qui s’est simplement tordu la cheville dans la rue, la règle est la même : reprendre quand la cheville est à la fois indolore, mobile, stable et suffisamment réactive.







